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Tours, émeute du 2018/11/24

malheureusement je suis pas là pour parler de la manifestation féministe (qui au passage était pas mal putophobe en tout cas à Tours, mais ça on s’y attendait hein 😉) qui a été tristement effacée dans les médias.

Je poste pour partager les trophées de samedi soir, et ce qu’il s’est passé. De l’intérieur, pas du point de vue d’un p’tit journaleux de la NR qui pige rien aux diverses luttes ni à leurs enjeux.
La photo c’est rien par rapport à tout ce qui nous a été lancé sur la tronche par ces bonshommes habillés de bleu…

On était juste là en tant que Medic / prévention des risques / antirepression en plus rofl. Les deux connes de service qui allaient pas en manif mais qui voient le gaz au loin et qui se regardent « hehe ça sent le gaz, boh on y va pas ça serait un peu teubé quand même… bon en vrai, on y va en fait »

J’ai jamais vu ça à Tours c’est pas rassurant du tout.
Autant de personnes qui insistent pour garder la place, avec tant de flicaille qui insiste à tirer et balancer autant de grenades diverses et variées…

dans le lot sur la photo là on a - des tubes vides de grenades lacrymogènes - des palets de lacrymogène dont un pas détonné (orange au milieu) - un morceau calciné et une tête de grenade désencerclante - une douille + balle de flashball - une goupille, des ressorts, des cuillers de grenades

Accessoirement, si je pu me permettre messieurs les policiers, vous étiez fort désorganisés, et avez donc loupé bien des occasions en or de nasser une grosse partie des gens ; ce qui aurait, ma foi, été bien efficace pour fatiguer beaucoup plus rapidement la foule.
:) :)

photo de ce qui est décrit dans la liste juste au dessus

On a compté environ 150 grenades utilisées. (c’est beaucoup pour Tours et même tout court.)

Beaucoup piétiné et couru pendant 5h, à essayer de prévenir les gens qui ne comprenaient pas ce qui se passait en bas de la rue, à prévenir les familles qui se dirigaient droit vers le lacrymogène avec leurs enfants, à prendre soin des personnes aux yeux et voies respiratoires irritées, à tenter tant bien que mal de calmer les mouvements de foule où tout le monde courait au moindre palet de lacrymo (ne surtout pas courir dans la lacrymo quand on est pas habitué·e et/ou équipé·e…), à gueuler “FLASHBALL” quand on entendait le bruit du canon lbd, à tenter d’évacuer ou au moins de faire le maximum possible pour les blesséEs plus graves.

De mon côté j’ai fait un aller-retour à mon appartement pour y chercher du matériel de protection et soin, incluant sérum physiologique et masque à gaz + lunettes de plongée, et sa sacoche medic pour la copine. Ça a fait des jalouxses mais… fallait bien ça vu les nuages de lacrymo. Bon, faut avouer que c’est rigolo, de pouvoir traverser le nuage pour shooter le palet et le renvoyer à l’expéditeur.
Ça a permis de donner des exemples par le fait, de ce qu’il est possible d’utiliser pour se protéger en manif ; beaucoup de manque de conscience sur ça de la part notamment des gilets jaunes qui se revendiquaient pacifistes à tous bout de champs. Bah ouais mais ce qu’il faut comprendre c’est que même si t’as pacifiste, les flics c’est pas tes potes et s’ils ont l’ordre de te taper dessus, ils s’en battent les steaks de savoir si t’as pété une vitre, ou si t’étais assisE par terre en ronde, ou si tu passais juste au mauvais endroit mauvais moment.

Ah et. Les grenades désencerclantes. La violence de ces engins. J’en avais bien conscience hein faut pas s’y méprendre, mais c’est toujours surprenant quand y en a une qui pète à 10m de toi et que t’entends un éclat siffler proche de ta tête. On sent le blast pas très puissant mais quand même très présent, on voit la boule de flamme qui disparaît presque instantanément, on entend l’explosion qui atteint les 110dB (équivalent d’un avion au décollage !). Par ailleurs, les bouchons d’oreilles en manif, c’est pratique et pas uniquement contre le volume des gens qui gueulent ;).
Puis les flashballs… grand jeu de la soirée de les éviter puis de récupérer les balles.
On est teubées hein.
Ou alors on a assez de vécu avec ce genre de trucs pour se dire que, quitte à être sur place et savoir faire attention à nous-mêmes, autant faire de la prévention, du soin, et faire la collection de petits souvenirs comme ceux de la photo. surtout quand c’est dans une ville comme Tours où, d’habitude, les flics hésitent à sortir les camions…

On a pu constater que… la casse… y en a pour ainsi dire pas eu. En tout cas pas de “notre” côté (coalition gilets jaunes, passantEs énervéEs, militantEs de beaucoup de champs politiques…). Y a eu de “notre” part uniquement des poubelles mises au sol, et des panneaux de chantier déplacés. On a toujours le doute sur une vitre d’arrêt de bus.
Et les deux autres vitres d’arrêt dont j’ai connaissance c’est un tir de lbd et un coup de tonfa qui auront eu raison de leur intégrité.

On s’est perdues de vue plusieurs fois avec la copine, pas les moments les plus agréables, des radios auraient été utiles dans ces cas-là par exemple ; mais faut faire attention à pas être prises pour des RG dans le foule, ça peut mal se terminer 🤣.

Ça s’est quand même étendu sur Béranger jusqu’à la rue Marceau à un moment, on a reculé sur la place jean jau à nouveau, un peu sur la voie de tram de l’avenue Grammont, puis des BACeux ont donné la chasse à un groupe un peu conséquent de [manifestantEs] dans la rue de Bordeaux en arrivant de la rue Victor Hugo, suivis pas quelques autres flics équipés (des CDI, qui ont constitué la très grande majorité des bleus présents ; d’après copine).
On essaie de pas paniquer déjà nous-mêmes tout en prévenant au mieux les restos et les gens sur les terrasses desdits restos… des déflagrations se font entendre pas loin derrière nous, nouveau mouvement de foule. On se dit boh ils sont loin– NIK ils sont juste à l’angle.
On marche d’un pas très décidé vers la gare où on prévient aussi le bar sur place, d’ailleurs. On en profite pour évacuer un blessé qui visiblement a su se gérer tout seul une fois qu’on l’a lâché…
Il y a eu des coups “peu réglementaires…” de la part des BACeux sur des civils.
On voit les méchants pas beaux arriver, accompagnés du “shtompf” du lance grenades, une légère fumée suit les petites étincelles et d’un coup gros nuage de lacrymogène juste à côté de la gare, plusieurs coups sont tirés en direction de l’arrêt de tram à côté.
Postées à l’autre bout de la place on les aperçoit avancer groupés, frappant leurs boucliers avec leurs matraques, puis tourner en direction des arrêts de bus et on suppose qu’ils ont lâché l’affaire à ce moment là.

Dans tout ça, dont j’ai actuellement connaissance, il y a eu 5 blesséEs assez graves, une dizaine moins, et j’ai pas compté le nombre de personnes pas habituées ou surprises par le gaz…

Nous on était encore gonflées à bloc par l’adrénaline, mais une fois que la pression a un tout petit peu descendue, on a juste discuté avec les nouveaux potos puis on s’est décidées sur le plan en voiture.
La marche pour arriver au véhicule a été une longue agonie, soulagée par la douce assise des sièges pourtant pas si confortables que ça en temps normal.

Bref voilà c’est un peu confus parce que encore à chaud malgré une bonne nuit de sommeil et une journée pour y réfléchir.
Tout est tellement encore clair dans mon esprit, je me répète beaucoup mais pour Tours c’est impressionnant, réellement.
Surréel comme journée.

Written on Nov 26, 2018.